Je me permets de vous garder encore un peu dans les vacances estivales afin de relater l’expérience de huit ados réunis sur l’Île Banane, au centre-ville de Shawinigan, du 4 au 8 août dernier, huit jeunes de 12 à 15 ans, soutenus par des parents convaincus que cette opportunité offerte par la communauté entrepreneuriale pouvait enrichir le développement de leur progéniture. Ces parents de Shawinigan, Trois-Rivières, Victoriaville et Montréal ont confié leur enfant pour cinq jours à deux passionnés d’entrepreneuriat jeunesse, ma collègue du Carrefour jeunesse-emploi de Shawinigan, Patricia Corriveau et moi-même.
La Maison Boisvert sur l’Île est devenue notre incubateur. Arbre en arbre, la Cité de l’Énergie et les commerces et partenaires de la région, autant d’occasions de découvrir notre potentiel entrepreneurial, d’expérimenter et de conclure des ententes pour la réussite de nos projets d’affaires.
Pour la plupart, outre les préjugés favorables de leurs parents dont certains sont en affaires, les ados n’avaient pas vraiment d’idée des démarches conduisant à la réalisation de véritables projets d’affaires. Ils sont brillants et éveillés, ouverts à l’action et stimulés par le plaisir de réaliser, d’apprendre et de réussir. Il ne fallait rien de plus, on avait la stratégie pour leur faire connaître le succès.
Tour à tour, quatre coachs sont venus leur proposer un défi. Steven Kirouac (L’univers martial ancestral) les a amenés dès lundi à mesurer leur confiance en soi et leur ténacité à Arbre en arbre et dans des combats médiévaux munis d’épées de mousse. Le lendemain, Geneviève Morin (Clinique stratégie santé) les a secoués à l’occasion d’une randonnée en rabaska. La ténacité était aussi à ce rendez-vous pluvieux mais l’objectif était surtout de mesurer l’esprit d’équipe et la solidarité dont chacun doit faire preuve dans une embarcation d’une dizaine de rameurs comme dans un projet d’affaires. La vision que chacun a de son potentiel et de ses rêves de projets a pris tout son sens avec la philanthrope, Véronique Buisson, du haut de la tour de la Cité de l’Énergie le mercredi matin. À l’agenda : le pouvoir d’une vision. Cette 3e rencontre avec un coach-entrepreneur a permis de mettre sur la table de nombreux champs d’intérêt et plus de trente-cinq idées d’affaires, des produits à réaliser, des services à offrir, des événements à organiser. Notre laboratoire d’idées de l’après-midi a permis de retenir deux projets : la conception de nappes à poids, des nappes intelligentes, permettant de pique-niquer plus agréablement par grands vents et enfin, la production de collations-santé énergisantes et d’un livre de recettes pour les joggeurs, cyclistes et randonneurs soucieux de maximiser leurs expériences. C’est là que la finalité du camp a pris tout son sens. Les lumières se sont définitivement allumées. Les équipes se sont formées, le canevas du plan stratégique et opérationnel (plan d’affaires) a été présenté et les équipes se sont mises à la tâche. Que d’idées, d’énergie, d’arguments et de décisions à prendre!
Le jeudi matin, pas besoin de vous dire que nos jeunes savaient comment écouter les judicieux conseils de leur 4e coach, Stéphane Daoust, équipé de ses photos qui disent tout et de son message sur l’objectif de séduire, de convaincre et de donner le goût. Les plans marketing ont pris tout leur sens à la suite de cette 4e visite.
Certains commerces et entreprises de Shawinigan et de Trois-Rivières sont devenus nos fournisseurs de biens et de services afin que les deux entreprises soient fin prêtes pour l’accueil des parents, des amis, des coachs et des invités le vendredi soir.
Nous avons amorcé la semaine sans autre filet que des outils audiovisuels et papier afin de mesurer nos caractéristiques entrepreneuriales (autonomie, ténacité, créativité, …) et d’élaborer des plans d’affaires. Nous n’avions aucune idée des tangentes que prendraient les projets. Les ados ne se connaissaient pas et pourtant, le vendredi soir, l’Île était le théâtre d’un grand happening qui a permis aux jeunes entreprises de séduire les parents, de charmer les coachs et même, d’impressionner le député Pierre Giguère venu prêter main forte aux coachs pour commenter les projets. Nos deux équipes entrepreneuriales ont produit, monté leur kiosque, animé la soirée, démontré la pertinence de leurs plans d’affaires et vendu. Ils ont même décidé unanimement de remettre l’ensemble de leurs profits, plus de cinq cents dollars, comme fonds de démarrage supplémentaires aux projets entrepreneuriaux à l’été prochain.
Le camp a-t-il répondu à ses objectifs de développer le goût d’entreprendre et réaliser un véritable projet d’affaires? Très certainement! Nos ados ont demandé, Jérôme en tête de la revendication, qu’on repousse à 16 ans l’âge d’éligibilité au camp l’été prochain. L’été de leurs 15 ans étant derrière eux, certains ne veulent pas manquer l’occasion d’un retour même à 16 ans. La grande sœur de Jessica, participante de 16 ans au camp entrepreneurial de l’École d’entrepreneurship de Beauce, disait à sa sœur cadette qu’elle aurait beaucoup aimé vivre notre camp. Tour à tour, ils se disent plus autonomes, confiants en eux-mêmes, davantage solidaires, expérimentés et leaders.
Je finis comme j’ai commencé : avec les parents. Pas besoin de vous dire que huit familles sont charmées par l’expérience de leur enfant. Ceux de Bruno, entrepreneurs spécialisés en maçonnerie, disent que leur fils est transformé. La maman nous dit voir la fierté dans les yeux de son garçon et la plus grande confiance en soi qu’il a développée. Les parents des cousines Jessica et Allison, entrepreneurs dans le domaine des structures d’acier, sont enchantés de l’enthousiasme des filles tout au long de la semaine. La maman de Jacob, enseignante au primaire, dit que son fils a connu une semaine intense où son expertise a été reconnue dans le projet de cuisine. Magalie, Shelby et Juliette, trois filles plus entreprenantes, sont en mesure de mettre des mots sur leurs compétences clés et sur leur plan d’affaires.
Cette expérience estivale m’amène personnellement un peu plus loin. S’il demeure tout aussi important d’initier le plus grand nombre de jeunes, au primaire et au secondaire, à l’entrepreneuriat éducatif, dans des formules qui s’adaptent aux âges, aux intérêts et aux contraintes des écoles (horaires, spécialistes, locaux, …), je suis convaincu de l’importance d’offrir plus à des jeunes qui, au-delà de l’aventure scolaire, ont un préjugé plus que favorable à l’esprit d’entreprise. Se peut-il que ces jeunes soient parmi les futurs entrepreneurs prometteurs parce que le fruit ne tombe jamais très loin de l’arbre? Shawinigan vient de tester la demande et se promet de récidiver l’été prochain.